
Avec la meilleure des intentions…
Le projet Neuralink d’Elon MUSK connait ses premiers essais. Parkinson, Alzheimer, Charcot et autres maladies dégénératives seront ainsi éradiquées, et l’Humanité verra son aurore dans la pleine connaissance des premiers écrits akkadiens au plus infâme roman de gare du Relay de Saint-Lazare. Tel est le projet philanthrope et humaniste de M. MUSK qui, nous le savons, n’a aucun attrait pour le lucre et la fumisterie.
Bien sûr, tout ceci est illusoire, car la misanthropie du fondateur de Paypal est notoire.
…d’asservir son prochain
Le projet confinerait avant tout à abolir la conscience du porteur de la puce pour la remplacer par un artefact numérique, désolidarisant ainsi le mouvement du corps de toute spontanéité (ou de l’âme, pour les croyants). Ce qui, du point de vue du droit français, correspond à peu de choses près à la définition juridique de la mort (R. 1232-1 du Code de la santé publique), caractérisée par une :
– Absence totale de conscience et d’activité motrice spontanée ;
– Abolition de tous les réflexes du tronc cérébral ;
– Absence totale de ventilation spontanée.
Or en droit pénal, le consentement de la victime est indifférent (Cass., ch. réun., 15 déc. 1837) et le corps humain inviolable (16-1 du code civil, alors pourrait être constituée l’infraction d’homicide volontaire, autrement dit de « meurtre » (221-1 du code pénal), voire d’assassinat si la préméditation est démontrée (221-3 du code pénal) ; mais ce dernier élément serait difficile à établir, car la volonté affichée par Neuralink est d’optimiser autrui, avec tous les risques scientifiques que ce dessein comporte.
Elon MUSK risque-t-il de comparaitre devant la Cour pénal internationale ? On pense immédiatement au crime contre l’humanité (article 7 du Statut de Rome), mais force est d’admettre que M. MUSK ne semble viser aucun groupe particulier ; si bien que l’existant serait à anéantir sans distinction d’ethnie, de genre ou de religion. Une insigne bonté qui lui épargnera l’imprescriptibilité…
Quelle défense ?
Toujours au regard du droit français, Elon MUSK encourrait 30 ans de réclusion criminelle, sanction maximale car le meurtre « en série » n’est pas spécifiquement réprimé ; et c’est le principe de non-cumul des peines qui s’appliquerait (132-3 du code pénal). Grande différence avec le sentencing américain.
Ainsi le Défenseur sagace pourrait opposer aux parties civiles l’aléa scientifique, selon lequel :
– L’état des connaissances scientifiques et techniques, au moment où il a mis le produit en circulation, n’a pas permis de déceler l’existence du défaut » (1245-10 du code civil)
Ou encore se prévaloir de l’autorisation de son gouvernement :
– N’est pas pénalement responsable la personne qui accomplit un acte prescrit ou autorisé par des dispositions législatives ou réglementaires » (122-4 du code pénal)
Et si l’on se gardera bien de citer Martin Luther King évoquant la légalité de certains actes commis durant la Seconde guerre mondiale, sous peine de frapper cet écrit d’un horrible point Godwin, l’on s’en remettra toutefois à Rabelais qui lança « science sans conscience n’est que ruine de l’âme » à des rhéteurs sorbonnards trop sûrs d’eux-mêmes.