Maître Sofian Bouzerara

Droit pénal et procédure pénaleDécision commentée

Détention provisoire et débat différé : la QPC n’est pas transmise

Le juge peut-il incarcérer quelques jours une personne qui demande du temps pour préparer sa défense, sans autre justification ? La question visait la Constitution. La Cour de cassation refuse de la transmettre. Par un arrêt du 13 octobre 2026 (n° 26-84.668, publié au Bulletin), elle la juge dépourvue de caractère sérieux.

Attention : ce refus n’est pas un brevet de constitutionnalité. Le Conseil constitutionnel ne s’est pas prononcé.

Schéma en deux bandes. En haut, le mécanisme contesté de l’article 145 : devant le juge des libertés et de la détention, la personne demande expressément un délai pour préparer sa défense ; le juge peut ordonner son incarcération provisoire pour quatre jours ouvrables au plus ; un débat contradictoire a nécessairement lieu à l’expiration du délai ; la décision sur la détention est motivée au regard de l’article 144 et susceptible d’appel. En bas, le parcours de la question prioritaire de constitutionnalité : la question demandait si l’on peut incarcérer sans autre motif que la demande de délai ; la Cour de cassation, qui filtre, la juge non sérieuse et ne la transmet pas ; le Conseil constitutionnel n’est pas saisi, le texte n’est ni validé ni censuré. Source : Cour de cassation, chambre criminelle, 13 octobre 2026, n° 26-84.668.

Le mécanisme de l’article 145 et le parcours de la question (points 1 à 6 de l’arrêt).

01 · Le contexte

Une QPC posée à l’occasion d’un placement en détention

Un homme mis en examen pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner a été placé en détention provisoire. La chambre de l’instruction de Nîmes a confirmé ce placement le 16 juillet 2026.

À l’occasion de son pourvoi, il a posé une question prioritaire de constitutionnalité sur l’article 145, alinéa 8, du code de procédure pénale.

02 · Le mécanisme

Quatre jours au plus avant le débat

Lorsque la personne ou son avocat demande un délai pour préparer la défense, le juge des libertés et de la détention ne peut pas ordonner immédiatement le placement en détention.

Il peut en revanche, par une ordonnance motivée par référence à l’alinéa qui prévoit ce délai et non susceptible d’appel, prescrire une incarcération provisoire qui ne peut excéder quatre jours ouvrables. Il fait ensuite comparaître à nouveau la personne (CPP, art. 145).

La question soutenait que le juge pouvait ainsi incarcérer sans autre motif que l’exercice du droit au débat différé, en violation du droit à un recours juridictionnel effectif.

03 · La réponse

Trois garanties suffisent, selon la Cour

La Cour de cassation juge la question non sérieuse pour trois raisons (point 4) :

  • l’incarcération provisoire n’est possible que si la personne sollicite expressément un délai pour préparer sa défense ;
  • elle est d’une durée très limitée, quatre jours ouvrables au plus, et nécessairement suivie d’un débat contradictoire ;
  • la décision de placement prise à l’issue de ce débat est motivée au regard des critères de l’article 144 et peut faire l’objet d’un appel.

Elle en conclut que ces dispositions garantissent suffisamment le droit à un recours juridictionnel effectif. Elle dit n’y avoir lieu de renvoyer la question au Conseil constitutionnel.

Le mot du droit

QPC

Question prioritaire de constitutionnalité : le justiciable soutient qu’une loi applicable à son litige porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution. La Cour de cassation ou le Conseil d’État filtre la question : pour être transmise au Conseil constitutionnel, elle doit notamment être nouvelle ou présenter un caractère sérieux.

Pour jouer

Vrai ou faux ?

Trois affirmations à vérifier

« L’article 145 a été déclaré conforme à la Constitution. »

FAUX

Le Conseil constitutionnel n’a pas été saisi. La Cour de cassation a seulement refusé de transmettre (point 6).

« Le juge peut incarcérer provisoirement sans que la défense ait demandé de délai. »

FAUX

Il faut une demande expresse de délai (point 4).

« L’incarcération provisoire ne peut pas dépasser quatre jours ouvrables. »

VRAI

CPP, art. 145 ; point 4.

L’essentiel

À retenir

  • Lorsque la personne demande un délai pour préparer sa défense, le juge des libertés et de la détention peut ordonner son incarcération provisoire pour quatre jours ouvrables au plus (CPP, art. 145).
  • La question prioritaire de constitutionnalité visant ce mécanisme n’est pas transmise au Conseil constitutionnel, faute de caractère sérieux (Cass. crim., 13 octobre 2026, n° 26-84.668, points 4 à 6).
  • Le refus de transmission ne vaut pas déclaration de conformité : le Conseil constitutionnel n’a pas statué.
  • La décision de placement prise après le débat est motivée au regard de l’article 144 et susceptible d’appel (CPP, art. 144 ; point 4).

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